Cas d'Elliot

Le cas d’Elliot

L’ablation d’une partie de son lobe frontal suite à une tumeur semble n’avoir laissé aucune séquelle. Elliot est resté tout à fait intelligent, en pleine possession de ses moyens. Il connaît tous les détails de l’actualité, il paraît même comprendre les méandres de la conjoncture économique.
En revanche, sa vie personnelle semble prise dans une tourmente. Depuis son opération, il est incapable de gérer son emploi du temps, on ne peut plus compter sur lui pour exécuter un travail donné au moment où on en a besoin. Une fois déchargé de ses activités professionnelles, Elliot s’est lancé dans des opérations financières douteuses, qui l’ont ruiné. Du côté de sa vie privée, la situation n’est pas meilleure. Il a vécu un premier divorce, puis un bref mariage et un nouveau divorce.
C’est alors qu’A. Damasio a rencontré Elliot. Ses médecins voulaient savoir si son changement de personnalité était réellement maladif. Un problème pratique se posait en effet: il ne réussissait pas à obtenir d’allocation pour invalidité, car on le prenait pour un paresseux ou un simulateur.
Damasio l’a donc évalué par les tests neuropsychologiques classiques : sa mémoire, son langage, ses capacités de raisonnement, de calcul, toutes ses facultés cognitives étaient normales. Il avait même un quotient intellectuel assez élevé.
En revanche, un aspect étrange de la personnalité d’Elliot pouvait expliquer son comportement, son apparent détachement devant tous ses problèmes, sa froideur, son manque de réactivité émotionnelle.
Damasio disait éprouver : « plus de peine en écoutant les récits d’Elliot que lui-même ne paraissait en ressentir » . Elliot lui-même avoue ne plus ressentir d’émotions pour des choses ou des événements qui l’émouvaient avant son opération. Damasio s’est donc demandé si les problèmes d’Elliot n’étaient pas directement liés à son incapacité à ressentir des émotions.

Autres travaux d’Antonio Damasio : Décisions et émotions Les marqueurs somatiques